17. juin, 2022

Pourquoi les superstitions sont-elles indémodables ?

« Je ne suis pas superstitieux, ça porte malheur » ! (A.Allais)

Quoi de plus irrationnel qu’une superstition ?! Et pourtant, les superstitions traversent les âges, les religions, les cultures et les pays, sans prendre une seule ride !

Qui n’a jamais dit ou entendu : « je touche du bois » ou « on se regarde dans les yeux quand on trinque » !?!!! Sans parler du vendredi 13 !

Les superstitions font partie des mœurs.

D’ailleurs, quelles raisons nous amènent à être superstitieux(ses) ou à respecter les superstitions d’autrui ?

  • L’amusement ?
  • L’illusion de se rassurer en suivant de vieux adages ?
  • L’envie d’y croire pour calmer une anxiété de performance et reprendre confiance en soi avant un examen ? (A contrario, les études publiées récemment ou tout du moins celles que j'ai pu lire, ne démontrent pas encore si les superstitions, à l'image des Troubles Obsessionnels Compulsifs, peuvent avoir des conséquences négatives sur la santé mentale)
  • Le bond en arrière qui nous ramène à l'époque de l’innocence de notre enfance, quand on croyait encore à toutes les histoires que nous racontaient "les grands"?
  • L’habitude de vivre avec ?
  • Faire plaisir à notre ami(e) qui est persuadé(e) que notre amitié sera rompue si on croise nos verres en disant tchintchin ?

Mais du coup, pourquoi les superstitions sont-elles indémodables et traversent-elles haut la main toutes les époques si elles n’ont de sens que celui que l’on veut bien leur en donner ?

La réponse n’est peut-être pas tant dans la réponse au pourquoi que dans celle du comment ! Alors, comment les superstitions font-elles  pour ne pas passer de mode  au 21e siècle ?

Mes explications par des exemples :

  • « Il ne faut pas passer sous une échelle car ça porte malheur ! » c’est surtout qu’on risque de la bousculer et de créer des réactions en chaîne. C’est aussi la crainte que celui qui est dessus perde l’équilibre et nous tombe dessus ou qu’il nous fasse tomber quelque chose dessus, donc que l’on passe dessous ou à côté : à minima on fait attention ! En cela, les superstitions qui sont pleines de bons sens, on les aime bien, on les adopte et on les pratique ! C’est clair, même sans être superstitieux(se), qui offrirait des couteaux à des amis ? !
  • La religion inscrite dans l’histoire : reprenons notre échelle posée contre un mur, elle représente la forme géométrique d’un triangle, faisant référence au Père, au fils et au St Esprit. Donc on ne passe pas dans ce triangle de la Sainte Trinité car pour nos ancêtres cela s’apparentait à une forme de profanation !
  • Quand les superstitions ont un sens qui nous ramène à des époques historiques, on a envie de les garder en continuant à les faire vivre, comme le respect d’un témoignage du passé ! « Ne jamais ouvrir un parapluie à l’intérieur », celle-là date du 18ème siècle et il s’agissait, à cette époque, d’éviter un comportement à risque en ne blessant pas quelqu’un ou en ne cassant pas quelque chose en l’ouvrant car les 1ers parapluies étaient lourds, encombrants, leur armature pouvait rouiller facilement etc. Bref il fallait être prudent, on les ouvrait donc uniquement à l’extérieur !
  • Les superstitions s’inscrivent, pour certain(e)s, dès l’enfance comme des vérités dont il peut être difficile de se débarrasser à l’âge adulte 
  • Par fidélité ! Elles étaient pleines de sens pour nos aïeux, alors on veut les garder comme un album photo appartenant au passé, on perpétue la tradition tel un prolongement de soi pour continuer à écrire l’histoire sans effacer ce qui a existé !

Voilà autant de raisons qui font que les superstitions ne sont peut-être pas prêtes de passer de mode ! 

Séverine Ruiz-Bultel